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François Gerfaud de l'ASPTT de Lyon

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P A R I S   -   B R E S T   -   P A R I S

Les cyclotouristes sont des gens ordinaires qui font parfois des brevets extraordinaires. Pour preuve une fois encore ce parcours mythique de 1 230 kilomètres, sorte de marathon olympique.

Guyancourt, le 21 août, peu après seize heures. Le premier groupe est enfin libéré, après avoir passé deux heures parqué en plein soleil sans rien à boire. Et déjà au bout d’une heure, comme d’autres je frôle la défaillance : coup de chaleur. Heureusement que des riverains offrent de l’eau. J’arrive à faire le plein de mes bidons deux fois de suite. Il fallait bien tout cela pour atteindre Mortagne au Perche, où les groupes commencent à s’étirer. Plus tard dans la nuit à Villaines la Juhel, je fais régler mon dérailleur qui me fait des misères. La chaîne saute souvent et, retombant lourdement sur la selle, je commence à en souffrir. De plus je fais le plein d’une eau qui s’avère totalement imbuvable. Au petit matin, sentant venir un coup de pompe, je m’effondre dans un verger pour quelques minutes d’étirements et de repos.

Et vite, après un grand café noir à Gorron, je repars plus frais. Petit déjeuner à Fougères. Enfin un vrai repas, le premier depuis hier à midi. Etape courte et route facile jusqu’à Tinténiac, où je me contente d’un arrêt minute. Par la suite je parcours un bout de chemin en compagnie de Michel Cordier, unijambiste belge et grand amateur de diagonales et de longues distances. Quel courage ! Parler un peu, cela fait du bien à la fois au physique et au moral : avec lui, je ne trouve plus aucune raison de me plaindre. A Loudéac je me contente d’un sandwich et d’une boisson. Surprenant un dialogue entre mes voisins spectateurs, je m’aperçois que l’un d’entre eux, postier ici, a eu le même chef briochain que moi à Paris vingt ans plus tard, et j’engage la conversation. En plus c’était un fan de vélo, de grandes randonnées et adepte de Paris-Brest. D’où l’habituelle réflexion : le monde est petit.

Le ciel s’éclaircissant un peu, un peu trop même car il fait lourd maintenant, je m’enduis de crème solaire avant de repartir. Juste après Saint Nicolas du Pélem, je croise le groupe de tête, qui revient déjà. Un bref calcul : ils ont parcouru 750 kilomètres pendant que j’en ai couvert 500. C’est facile à simplifier. Bravo à eux ! Repas rapide à Carhaix, fait de soupe, légumes et tarte. Dans la soirée le ciel s’assombrit et je bénéficie pour les deux dernières heures d’une petite pluie fine mais pas méchante, typique de la région. De plus les nuages s’abaissent et l’entrée en ville de Brest en est rendue d’autant plus difficile un peu avant minuit. J’espérais y dormir mais le dortoir est complet et tous les locaux disponibles sont jonchés de cyclos couchés à même le sol de béton, quelques uns emballés dans des couvertures de survie. Tant pis, je dormirai plus tard.

C’est reparti pour un second passage du Roc Trévezel, où une surprise nous attend : un brouillard à couper à la hache dans le sommet de la montée et une grande partie de la descente. La visibilité n’est que de quelques mètres. On distingue un tronçon de la bande blanche discontinue, mais pas le suivant. Je roule au pas et dépasse des cyclos encore plus lents, certains à pied ; et d’autres sont carrément arrêtés, assis au bord de la route, écoeurés, épuisés, perdus... De plus je croise énormément de participants dont certains à l’éclairage très puissant ou parfois mal réglé me fatiguent la vue. Je commence à avoir des hallucinations et j’en déduis que je vais devoir m’arrêter. Arrivé à Carhaix je choisis de dormir une heure en attendant le lever du jour. Redémarrage un peu difficile, La fatigue s’est accumulée et il faut réchauffer les muscles. De plus mes bobos à la selle me font mal à hurler, ce qui inquiète parfois mes voisins. Ce sera donc ma seule heure de sommeil et mon dernier arrêt important avant l’arrivée.

Je croise encore de nombreux attardés. En fonction de leur horaire de départ, certains ont été contraints de s’arrêter une ou plusieurs heures, histoire de laisser passer un violent orage. A Loudéac, je suis attendu par un de mes interlocuteurs de la veille. Un nouveau sandwich, quelques mots échangés et à bientôt, dans quatre ans. L’après-midi j’ai à nouveau des problèmes de dérailleur que j’arrive à régler non sans mal entre le contrôle secret d’Illifaut et le ravitaillement de Tinténiac. Le tronçon suivant est celui que je préfère, sans grosse bosse ni chaleur en cette fin de journée. Rapide repas du soir à Fougères, suivi d’un café dans un bistrot de la ville où je dois répondre aux multiples questions des piliers du bar. J’ai couvert les trois quarts du parcours et je compte bien être rentré vers midi. C’est presque gagné, sauf incident, et le moral est bon. L’étape suivante est plus rude, avec de multiples descentes et remontées. Mais le temps reste sec et la température agréable. Je prends un solide petit déjeuner à Villaines la Juhel sur le coup de minuit. Ce sera toujours cela de fait. Changement de piles et je repars seul dans la nuit noire. Mais bientôt je retrouve d’autres cyclos et dans un village, vers deux heures du matin, nous sommes hélés par le gérant d’une supérette qui propose couchage, casse-croûte et boissons. J’opte pour un grand bol de soupe de légumes agrémenté de quelques pâtes. Une vraie soupe de bûcheron, juste ce qu’il fallait. Et on se retrouve à plusieurs cyclos autour de la table à se raconter des histoires, des histoires de BRA, de diagonales et d’autres encore. Un de ces instants magiques où l’on oublie la fatigue et pour lesquels on est prêt à revenir. C’est déjà décidé.

A la sortie de Mortagne au Perche, je ne trouve pas la bonne route et fais un grand détour en compagnie de quelques étrangers qui vont vite me distancer. Du coup je me retrouve souvent seul sur la route jusqu’à Dreux. Dernière étape enfin, qui emprunte de toutes petits chemins vicinaux et traverse une partie de la forêt de Rambouillet, raidars compris. Rien ne nous sera épargné. Mais le plus pénible reste à faire, avec tous ces détours agrémentés de nombreux feux rouges dans la ville nouvelle de Saint Quentin-en-Yvelines. Arrivée à midi et quart, juste pour l’apéritif. Il me reste à soigner mes bobos et surtout dormir, dormir… Mais je reviendrai, c’est sûr.

De retour à la maison, mon mécano habituel a tout de suite trouvé le défaut et réparé la panne : une dent tordue sur le plateau du milieu. Pendant le transport, peut-être, allez savoir.


François Gerfaud-Valentin
ASPTT Lyon  septembre 2011



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