Chronique #2 - Lundi 22 août

Envoyer Imprimer PDF

LA ROUTE DES LARMES

Eh bien cette fois ça y est :
Cavalerie légère
les commandos de Sa Majesté
la Petite Reine    
se préparent à l’assaut

Le lasso du départ va bientôt libérer
leur impatience
leur exigence :

pédaler pour rien
pour rien d’autre  que l’amour
du Vélo

pédaler pour Y aller
pédaler pour En revenir
–grand aller-retour sur soi-même–


C’est dimanche, c’est dimanche : le Jour du Grand Départ! Mais entre la joyeuse « conférence » internationale du samedi –où le monde entier parlait mille langues, où les visages rayonnaient de fière sérénité – et ce dimanche de tension, de concentration (voire d’angoisse), c’est un contraste saisissant. Mais la route en donnera, hélas et très très vite, des exemples souvent bouleversants.
Le soleil frappe dur sur la ligne de départ –et dans les sas de contrôle, où les visages se crispent, où les mâchoires se  serrent, où se plissent les fronts dans leurs rides tendues. J’ai l’impression de ne plus reconnaître les hommes et les femmes (surtout le hommes) que j’avais rencontrés la veille, babillards de Babel, décontractés et sereins, heureux d’être de la fête, heureux d’être parmi tous ces autres qui sont leurs semblables. Et les voici maintenant tendus, anxieux, silencieux, muets,  dominant leur nervosité avec une volonté dont feraient bien de s’inspirer plus d’un dirigeant politique…
Le lent défilé  jusqu’à la ligne de départ, orchestré parfaitement et parfaitement respecté, a quelque chose de religieux : une procession ! Mais les processionnaires ont tous un vélo à la main… Cependant, la Babel des mille langues est devenue silencieuse : pourtant, qu’est-ce que ça parle en chacun ! (organisateurs compris : une auto est malencontreusement tombée en panne sur le début du parcours et le commissaire de police refuse de donner son accord pour le départ tant qu’elle ne sera pas dégagée : sécurité oblige, c’est une vertu première du Paris-Brest-Paris.)
Mais le soleil s’en moque, et ça frappe de plus en plus dur. On s’impatiente. On rouspète un peu, les discours des officiels tentent de faire passer le temps, mais les cyclistes piétinent : ce qui est le contraire de leur engagement !
Puis, sous une ola grandissante, accompagnée d’applaudissements fraternels, le départ se décompte enfin. Cela ressemble à une prière antique, du temps où l’on adorait Zeus, où l’on avait déjà inventé la roue –mais pas encore le vélo…
Oui, ça y est : départ ! Comme un accouchement, une naissance. Un double cri qui libère. La foule ne fait plus qu’un avec les coureurs, eux-mêmes fondus, confondus, pour un instant. Un instant seulement. D’un seul coup, la mondialisation serait communion humaine…Moment de grâce et d’angoisse à la fois.
Et puis, tout de suite et à nouveau, les larmes. D’autres larmes cette fois, et pas de joie. A peine une dizaine de km parcourus, voici un couple qui remonte …à pieds le parcours : la femme boite, l’homme la précède, visage fermé. Ils traînent leurs vélos comme des chevaux déferrés.
Et maintenant un homme, sur le bord de la route, qui tente de réparer sa monture –avec l’aide malhabile d’un spectateur qui tente de l’aider…
Puis ce vieil homme en larmes –dont je n’oublierai plus le visage désormais : il pleure, il pleure au milieu d’un groupe de spectateurs qui ne savent comment le  réconforter .Rides et coups de soleil, yeux rougis et lèvres tremblantes, vélo par terre, c’est plus qu’un rêve qui s’écroule : comme une vie…
Maintenant, ce cycliste qui maudit en anglais ( ?) son vélo, et fait signe de la main à ses compatriotes qui poursuivent la route des larmes sous un soleil de plomb. Adieu, au-revoir, maudit soit le Destin !
Bannière bretonne en selle et au vent, un motard de sécurité tente de faire respecter le code de la route au peloton de tête qui s’entête à prendre toute la route à lui seul alors qu’en face rentrent des vacanciers aux autos chargées de bagages -et de souvenirs : ce qui les rend sans doute si aimables et compréhensifs…
Bientôt (mais bientôt ce sont des heures !) dans la nuit, les premières éoliennes de Mayenne guettent la première vague des premiers coureurs, le dur Perche franchi. Contrôle à Villaines-la-Juhel –où l’on sait accueillir. Ici aussi, dans les plus grandes hauteurs du Massif Armoricain, ce n’est pas de la rigolade –même si les paysages sont si beaux qu’on en oublierait d’allumer sa lanterne…
Brigitte Gyr, la poète-compagne de mon complice en chronique Hervé Borrel, évoque soudain son enfance et Fausto Copi. Le jeu de mots vient vite :
« -Au Paris-Brest-Paris, il n’y a pas de fausto-copieurs : rien que des originaux, rien que des originales… »
Roland Nadaus, cyclo-poète


Logo de Saint-Quentin-en-Yvelines       Logo Ville de Montigny-le-Bretonneux         Logo Ile de loisirs Saint-Quentin-en-Yvelines          Logo Espace St Quentin Centre commercial         Logo Vélodrome national Saint-Quentin-en-Yvelines        Logo FFCT       Logo Audax Club Parisien - Randonneur